14 octobre 2011
Sommeil
16 avril 2010
Kick-Ass, ze film!
Pour adapter une bande dessinée au grand écran, il faut posséder une grande abnégation, car l’estime de soi peut en prendre pour son rhume. Rien de plus difficile à satisfaire que les fans finis du 9e art (à part les Trekkies et les apôtres de Tolkien, mais n’allons pas là).D'un côté, les puristes ne se feront ni prier ni attendre pour démolir sur la place publique toute œuvre jugée en deçà des attentes. Qu'on pense aux adaptations récentes de Daredevil, Catwoman, Fantastic Four, The Punisher, Hulk, l'autre Hulk, Elek... Bon d'accord, on n'a pas toute la journée. Leçon à tirer: quand l'équipe de réalisation décide d'adapter en dénaturant l'œuvre, rien de bon n'en sort.
De l'autre côté, certains réalisateurs téméraires se sont aventurés sur le chemin étroit certes, mais oh! combien valorisant de l'adaptation fidèle. La bande dessinée étant déjà un art visuel, le défi est là: transposer les planches en scènes. Ceux qui ont réussi sans y perdre leur âme - pensons à Watchmen et à Tank Girl - n'ont pas toujours profité d'une grande popularité aux tourniquets. Les deux Batman de Christopher Nolan faisant exception.
Dans son adaptation de la très jouissive BD Kick-Ass de Mark Millar - auteur de génie ayant sous la cravate des titres comme Wanted, Civil War et American Jesus - le réalisateur Matthew Vaughn (Stardust) tente de ménager la chèvre et le chou. D'un côté, il réussit une formidable adaptation visuelle de l'œuvre mise en images par le dessinateur John Romita Jr. Sa réalisation rythmée avance à bâtons rompus - c'est le cas de le dire - et coupe parfois court dans le récit de base pour aller à l'essentiel.
De l'autre côté, et c'est malheureux pour ceux qui ont lu avant d'avoir vu, Vaughn ne se gêne pas pour voler un peu (beaucoup) l'âme du roman graphique de Millar. Reste l'excessive violence dans laquelle baigne l'histoire, certes, mais les contraintes difficiles de l'adolescence sont ici effacées au profit de blagues prépubères qui amusent, mais n'amènent aucune profondeur aux personnages, ce dont le livre regorge. Mais n'allons pas pleurer des larmes de crocodile pour personne: l'auteur Mark Millar, producteur exécutif du film, a clairement eu son mot à dire et cela paraît.
Et l'histoire? Kick-Ass, c'est Dave Lizewski, un jeune Américain tout aussi ordinaire que n'importe quel jeune trié au hasard. À la différence qu'il sera le premier à s'autoproclamer «super héros». Pourquoi personne avant lui n'a jamais osé revêtir un costume pour défendre la veuve et l'orphelin, voilà une question qui le tarabiscote. À tel point que, se sentant investi d'une mission, il commande via le web un costume de plongée, s'équipe d'un bâton de combat et hop!, part en guerre contre le petit banditisme.
À sa première... ahem... escarmouche, il comprend rapidement pourquoi personne avant lui n'a osé revendiquer le titre de justicier des rues.
Pour ce qui est du reste, sachez simplement qu'il y a du sang, des armes, 172 blagues grivoises et l'apparition d'autres «super héros» qui n'attendaient que leur moment pour briller. Ah oui, il y a Nicolas Cage aussi, dans le costume de Big Daddy. Et Chloe Moretz dans celui de Hit Girl. Le nom ne doit pas vous dire grand-chose, mais vous allez vouloir l'adopter, c'est garanti. Elle vient d'avoir 13 ans. Elle est ce que ce film offre de meilleur. Pensez à un croisement entre le personnage de The Bride (Uma Thurman) dans Kill Bill et de Trinity dans The Matrix. Ajoutez ensuite 20 tonnes d'attitude.
Vous n'avez pas lu la bande dessinée? Alors Kick-Ass, ça vaut définitivement le déplacement, et vous serrerez le poing souvent en criant «oh yeah!», bêtement. Vous voyez bien que ça vaut la peine.
Paraît-il que Vaughn est pressenti pour adapter une autre œuvre de Millar, American Jesus - qui raconte exactement ce que le titre annonce. Espérons simplement que la prochaine fois, le réalisateur et l'idéateur oseront coller au récit de base sans l'alléger au point de lui enlever trop de son... esprit.
18 mars 2010
Où s'tu travailles, part II
Vous êtes un infographiste talentueux avec expérience. Quelqu'un avec un oeil pour le détail et la capacité de préparer les fichiers en tenant compte des normes élevées de qualité des clients et de l’agence.
Je trouve ça un peu insultant pour les gens comme moi qui sont limités en matière d'oeil pour le détail. Me semble qu'une annonce comme:
Vous êtes un gribouilleur que ses parents trouvent très talentueux avec un désir d'acquérir de l'expérience. Quelqu'un avec un oeil, un bon cou porteur et au moins un rein fonctionnel et la capacité de préparer des repas en tenant compte du Guide alimentaire canadien.
...ça aurait été plus invitant. J'aurais pu leur envoyer mon portfolio, i.e. la fine infographie que j'avais proposée à l'époque à McDo lorsque leur indigeste pizza est venue nous dire qu'elle s'en allait:
Pour la petite histoire: non, le dessin n'a pas été retenu, ils m'ont préféré Donald Pilon. Allez comprendre.
17 mars 2010
Où s'tu travailles pour être beau d'même?
Par exemple celle-ci:
Directeur(trice) du marketing et de la mise en marché chez BAIN DÉPÔT- La personne idéale devra être bilingue, posséder cinq anneés minimum d'expérience et une formation universitaire. Expérience dans le domaine de la plomberie et des matériaux de construction serait un atout.
Ça ne ferait pas un superbe film ça?
Action!
Scène 12, intérieur de bar, nuit
La fumée pèse sur le bar et colle à la peau, un vrai soir gris au bord de la Tamise.
Il s'installe sur l'unique tabouret vide. Son regard lubrique se pose sur une grande rousse aux yeux exaltés. Elle s'approche.
D'un geste frivole (plan rapproché des doigts), elle commande au barman deux Ardbeg Uigeadail Islay scotch single malt. Doubles, comme d'habitude. Les verres se cognent.
Le fixant du regard elle lui dit:
- C'est la première fois que tu viens ici?
- Ouais.
- Tu as une belle barbe et pas de montre. J'aime ça. Un homme fort, décidé, viril. Tu fais quoi pour dégager autant d'assurance et de prospérité?
- Je suis directeur de comptes chez Bain Dépôt. Et toi?
C'est alors qu'elle se suicida d'une balle à la tempe.
___
Hein? Hein? J'écris à Dolan tout de suite!
9 mars 2010
I see dead Burton
Dans le cas de Burton, c'était Edward, Ed Wood et Big Fish, ses trois films les plus accomplis. Dans le cas de Tron, c'était Jeff Bridges et le fait que quand j'avais 12 ans, en 1982, Tron était la quintessence du film techno-brillant, alors que l'aventure informatique nous promettait mer et monde et qu'un kid comme moi ne pouvait qu'espérer être aspiré dans un tel environnement.
J'ai acheté le DVD de Tron, je l'ai revu et revu et revu, encore aujourd'hui je ne lui trouve aucun défaut. La magie fonctionne. Nous sommes en 2010. Mon film préféré (non, c'est pas Blade
Runner) demeure un truc de 1939, un certain magicien au bout de la Yellow Brick Road.Parce qu'un film, comme une photo, comme un vieux texte, comme une vieille odeur imprégnée dans notre cortex, nous ramène à un moment important... parce qu'un film donc, nous ramène parfois - magie! - à un moment particulier... bin moi c'est ça.
La vieille sorcière avec ses singes volants (Oz), un gars de Disney avec son frisbee techno (Tron), un type qui dope son vieux père mourant en lui montrant un vidéo d'orignal (Un Zoo la nuit) et Colin Firth qui me scie en huit (A Single Man)... bin c'est ça mon cinéma. Un cinéma qui n'est pas que démonstration de savoir-faire, mais d'audace et de poésie.
Audace, je réfère à des trucs actuels: Hurt Locker, District 9, La Donation, un mélange hétéroclite totalement, j'assume.
La poésie? Bernard Émond, Tom Ford, Jason Reitman, Léa Pool. J'ose: Podz. Les 7 jours du Talion, le denier film pour lequel j'ai écris un texte rémunéré. Une poésie froide, cruelle. Un grand rendez-vous.
On parlait de quoi? Ah oui, Alice! Un film techniquement réussi. Très beau.
Manque la folie. Manque le regard libre. Manque le réalisateur. Un projet façonné de toute pièce pour Burton. Dommage qu'il ne soit pas là. Je l'attendais tant.
J'espérais Burton. Je n'ai pas encore vu Precious. Leçon de cinéma: arrête d'attendre, prends ce qui passe.